Pourquoi vous avez tous tort sur la définition du bilinguisme

definition-webJe viens de lire une étude de Daniel Elmiger, de l’Université de Neuchâtel concernant la définition du bilinguisme. Dans cette étude, Daniel Elmiger définit le bilinguisme comme étant un concept et partage les visions différentes d’experts sur la caractérisation d’une personne bilingue, ou plus largement du bilinguisme. Ce qu’il précise c’est que le bilinguisme ne peut pas être défini selon des critères scientifiques précis. Certains experts définiront le bilinguisme « sur le critère d’une maitrise maximale », alors que d’autres « auteurs proposent de se contenter d’une connaissance minimale ». C’est la preuve que le bilinguisme peut être considérer de manière extrêmement différente voir même divergente.

La question adéquate est donc: quelle est selon vous la meilleure définition du bilinguisme? A vrai dire, c’est une question à laquelle il très difficile de répondre. Et pour cause, je peux dire que toutes les définitions que j’ai entendues sont loin d’être semblables, et c’est compréhensible, puisque le bilinguisme n’est pas facilement définissable. Chacun utilise ses propres critères, ce qui donne au bout du compte, un spectre de définitions, selon les individus, très élargi.

Il suffit d’ailleurs de consulter la définition de « bilinguisme » dans Wikipedia pour s’en rendre compte :

Opinion n°1 : … les « vrais » bilingues sont aussi bien capables de s’exprimer dans une langue que dans l’autre et ont une connaissance identique des deux langues

Opinion n°2 : D’autres plaident pour la définition minimale, basée sur l’utilisation correcte de phrases dans les deux langues pour la communication courante.

Opinion n°3 : Encore d’autres considèrent bilingues ceux capables de penser naturellement dans une langue comme une autre.

J’aime à peu près l’ensemble de la définition de l’opinion n°1 excepté le mot “identique ». Personne ne parle 2 langues ou plus avec « une aisance et une connaissance identique ». Moi-même je suis incapable de parler ma propre langue, le français, avec une aisance et une maîtrise constante jour après jour. Il suffit que je sois un peu fatigué, distrait, contrarié, stressé, pour que je sois tout de suite moins éloquent dans ma propre langue natale, et que la maîtrise de mes mots se fasse plus difficile.

Pensez également à ceci: connaissez-vous l’ensemble des mots qui compose votre langue natale? En français par exemple, dans les dictionnaires les plus complets, nous retrouvons 500 000 mots, ce qui est énorme, alors que selon Michel Malherbe dans son livre « Les Langages de l’humanité », évoque que le français usuel ne comprend qu’environ 32 000 mots parmi lesquels 20 000 d’origine savante ou étrangère et 12 000 d’origine populaire. A titre de référence, un lycéen français utilise environ 1000 mots de manière quotidienne.

Alors comment serait-ce possible qu’une personne soit capable de parler deux langues (ou plus) avec une compétence et une aisance identique jour après jour?

questions

Ma conclusion sur la définition du bilinguisme :

Bref, le constat est simple : chacun d’entre nous avons notre propre définition du bilinguisme. La plupart des définitions sont similaires, et d’autres sont meilleures que les autres, selon mon opinion. Cependant dans les faits chaque personne doit décider de ce que signifie être bilingue… nous devons en quelques sorte fixer nous-même le degré de maitrise d’une seconde langue pour qualifier le bilinguisme. C’est la partie la plus difficile.

L’expert Bloomfield, lui nous dit que ‘le bilinguisme, c’est la possession d’une compétence de locuteur natif dans deux langues’.

Enfin, Grosjean, nous dit que ‘le bilinguisme est l’utilisation régulière de deux (ou de plusieurs) langues. Le bilingue est la personne qui se sert de deux langues dans la vie de tous les jours’.

Daniel Elmiger lui, dans son étude, conclue que ce sont surtout les critères d’utilisation et de maitrise dont on tient compte en définissant le terme ‘bilinguisme’.

Ma définition personnelle est un peu égoïste, évidemment. Je pense que si une personne peut communiquer raisonnablement bien dans une langue en dehors de sa langue maternelle, alors cette personne devrait être considérer bilingue. Une caractérisation raisonnable du bilinguisme, à mon sens, serait de pouvoir communiquer de manière quotidienne dans cette langue, dans la grande majorité des situations de la vie, sans se retrouver en difficulté ou perdu dans plus de 5 à 10% du temps. Je n’inclue pas de notion de maitrise identique des langues car pour moi ce critère n’est pas réalisable, ni quantifiable. Je n’inclue pas non plus la compétence native ou précoce de deux langues car j’ai de nombreux exemple de personnes, dont ma compagne Irina, ayant appris une seconde langue sur le tard et la maîtrisant aussi bien que d’autres personnes bilingues précoces.

N’oubliez pas que le bilinguisme n’est pas une destination, une fin en soit, c’est en quelque sorte un voyage. Lorsque vous apprenez une langue, même si celle-ci est la plus simple du monde, votre apprentissage restera en quelque sorte un process qui ne se terminera jamais. C’est d’ailleurs souvent la difficulté de certaine personne lorsqu’elle commence à étudier une langue étrangère. Ces personnes ne parviennent pas à se fixer un objectif ou un but précis (quel niveau ai-je envie d’atteindre ? Dans quel but ?), ce qui est la cause d’échecs et d’abandons.

Aussi, si vous avez le désir de parler plus d’une langue, de manière active, ou que vous utilisez cette seconde langue de manière régulière, alors n’hésitez pas à vous qualifier de bilingue si cela vous fait plaisir. Après tout, personne ne peut vous démontrer votre tort de manière scientifique ni factuel… même si de votre côté il vous sera toujours difficile de le démontrer.

 

 

Catégories : Les petits bilingues

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